Je m'amuse à m'imaginer marchant sur ce lac de glace noire, la lune luit en haut entre les terrasses. Je marche sur un lac, le vent me caresse le visage, il n'est pas encore froid. Les gens qui passent sont comme une brume qui m'enveloppe, me frôlant sans me déstabiliser, un brouillard montant ou des nuages qui descendent se poser sur la plaine.
L'étendue glacée du lac se termine en se rétrecissant ; déja l'eau n'est plus solide mais, sortant de sous la glace, cours dans son lit. Je saute sur des roches plus sures, à l'accroche meilleure. Les voitures sont des flots qui m'éclaboussent de leur gaz d'échappement, grondant comme une rivière en crue. Tous les soirs les eaux se répendent dans la ville, comme poussées par une vague perpétuelle. Mes rochers me portent au milieu de la rivière ; j'ai juste le temps de sauter sur l'arête d'un trottoir avant que les galets rectangulaires d'un passage piéton ne se fassent renverser et emporter par le courant. L'arête du trottoir devient l'arête d'une congère : d'un côté, le gauche, vers le sud-ouest, la pente douce du névé me porte dans la brume, de l'autre, versant nord, la congère s'effrite au dessus du vide. Les voitures deviennent des bourrasques qui me frôlent et manquent de me faire tomber.
Le vent est devenu froid, j'avance prudemment sur cette couche de neige devenue glace. Je pense aux étendues blanches de l'antarctique où le soleil ne se couche plus. Et cet été encore, des terrassiers américains continuent d'y construire une route pour rejoindre le pôle Sud. Des derniers hectares de terres encore vierge de notre monde ne le seront plus ; les traces des traineaux laissées là il y a bientôt cent ans par Amundsen et ses co-équipiers, gravées dans la glace par la pression des patins et que la fraicheur de l'été ne suffit pas à effacer, rejointes depuis par d'autres explorateurs courageux, ne seront bientôt plus les seules traces humaines dans ce monde pour lequel nous ne sommes pas adaptés.
Pourquoi faut-il que les américains fassent toujours ce genre de trucs?..
Erratum, le projet a été depuis co-signé par les signataires du Traité de l'Antarctique, dont la France. Stupides français...
ciaoyvan
http://www.asoc.org/media/11.27.04.Stuff.Hillary.htm
http://subs.nzherald.co.nz/location/story.cfm?l_id=2&objectid=10384923



Quelquechose de merveilleux : ces bancs d'oiseaux, comme des bancs de poissons, tournaient et viraient dans le ciel, scintillants. Des monstres de plumes marchant sur la ville, et plongeant dans ses entrailles, avant d'en resurgir comme des feux d'artifice et de disparaître en une fraction de seconde. J'avais déja vu ça à Pau, depuis les fenêtres de l'internat, ces étourneaux qui se réunissent par miliers avant de se poser sur les branches des platanes, au bord du gave. Italo Calvino qui, habitant à Rome a déja pu observer cette danse, le décrit mieux que moi, dans "Palomar".

















Place Saint Pierre, j'ai croisé une fanfare. Malheureusement, je suis trop en retard pour pouvoir les entendre. Ils ont l'air professionels, enfin...plus que notre banda à Toulouse.
Et il y a des gens qui vont dans un sens, des voitures et des scooters qui roulent dans un autre. Ce serait marrant que les rues aillent quelque part aussi. 


Place di Spagna, un attroupement devant la boutique Dior me bloque la route ; déja la saison des soldes? Un nombre trop élevé de tifosi de la Lazio de Rome me pousse à répondre par la négative. Ces gars sont là pour acclamer un joueur de foot venu dépenser des miliers d'euros des millions que compte son contrat et dont les gardes du corps, au moment de déguerpir, pressent brutalement un taxi qui était là et n'allait pas assez vite à leur goût. Voir comment un groupe de gens peut entrer dans une pareille liesse pour un gars claquant son argent dans une boutique dont il leur est presque interdit de regarder les vitrines me rend malade. Alors que les supporters heureux s'éparpillent ou prennent des photos, le vendeur, lui, relit sa facture.
La découverte, sur l'un des murs du jardin de la Villa Medici, de Ruines de Rome, Linaria cymbalaria, me redonne le sourire. Les plantes n'ont que faire des privilèges et continuent de pousser leurs garines dans les infractuosités du mortier,qui cèdera plus tard sous la pression de la fleur...
La Villa Medici offre depuis son balcon et sa terrasse une vue superbe sur les terrasses et les toits de Rome : je crois que c'est là la plus belle vue sur la ville. Seul inconvénient, située plein sud il est impossible de la photographier sans obtenir un contre-jour qui effacera toutes les nuances d'ocres et de terre de Sienne des murs romains, et tout les détails des coupoles, des clochers et des antennes. Un endroit réservé seulement à la contemplation et dont le souvenir ne se trouvera que dans la description qu'en fera notre mémoire..

Jardin caché dans les ruelles.

C'était une manifestation bonne enfant, il y avait même une fanfare à effectif réduit (style de banda ensatienne). Les slogans pour la libération de la Palestine et l'arrêt de la coopération économique et militaire italienne avec Israël semblaient légitimes, s'il n'y avait eu ces abrutis brûleurs de drapeaux. Ce n'est pas que je sois patriote, ce n'est pas, je pense, un de mes sentiments caractéristiques, mais je ne supporte pas ce geste : un drapeau représente, à l'étranger, tout un pays, autant les imbéciles que les autres, et en ce sens, brûler le drapeau israëlien, c'est brûler les efforts que font là-bas des gens en faveur de la paix et en mélanger les cendres avec celles des expansionistes heureux. .
Comme brûler le drapeau américain est oublier que la moitié de la population est contre la politique US au Moyen Orient : 6 bandes et demies et 25 étoiles ne méritent pas de finir piétinées sur le pavé.
et de là au Vatican et à la Place Saint Pierre.
Là, je croise les calèches qui attendent les clients et je peux sentir pendant un instant l'odeur des chevaux machant leur sac de farine. En évitant les voitures, je traverse la Via della Concilazione
et bifurque sur le pont Vittorio Emmanuele.
Je m'arrête au bout pour laisser passer les voitures,
marche jusqu'à la future station de métro
et, au niveau des travaux dans l'immeuble,
plonge dans le labyrinthe des ruelles
et bientôt rejoins le marché de la Piazza di Campo de Fiori. J'y achète deux pommes. Assez petites pour pouvoir en mettre une dans ma poche pendant que je mange l'autre.
J'arrive rapidement dans le quartier juif et ses bouchers kasher, près du Cirque Marcello. Habituellement, les rayons de soleil viennent se refléter sur les fenêtres du premier.
5 minutes plus tard, j'arrive en face de la FAO, longeant le Circo Massimo.